"Tout va bien" - Yohan, 20 ans - Têtu - 2001

Courrier des lecteurs paru dans le numéro de février 2001 du magazine gay Têtu.

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Tout va bien

Je vous écris juste pour vous dire que tout va bien. Je suis transsexuel (un garçon enfermé dans un corps de fille) et pédé. Au mois de décembre, j’ai fait mon coming-out au lycée, auprès de mes copines et de ma prof d’anglais. Ça n'aurait pas pu mieux se passer ! Elles ont tout de suite accepté. Elles n’ont jamais posé de questions débiles. On en parle, elles comprennent, on en rigole. Bref, le bonheur! Comme quoi la vie n’est pas toujours triste pour nous autres. Il faut dire que je suis dans un lycée spécial: l’un des quatre lycées autogérés de France.

Jusqu'à présent, je ne pensais plus trop (enfin, si on veut) à tous les problèmes liés à mon transsexualisme. Mais je viens de lire les pages réservées aux 15-20 ans, et une lettre m’a replongé dans mon mal-être.

Celle de Philippe (Têtu n° 52), qui raconte avoir passé des vacances avec son copain et fait l'amour avec lui. S’il y a une chose qui fait mal quand on est trans, c’est bien ça: la frustration sexuelle. Ne pas pouvoir rencontrer quelqu'un. Ne pas pouvoir faire l’amour comme on le voudrait. Ce que je vis dans ma tête est totalement différent de ce que les gens croient de moi. J'aimerais tellement savoir ce que c’est que faire l’amour avec un corps de garçon! Avoir un copain! Qu’on me reconnaisse en tant que gay. Dans Têtu, je lis souvent des lettres de mecs qui disent être insultés ou avoir un copain au lycée. Et moi, je rate tout ça!

Je ne dis pas que les insultes me manquent, mais je n’ai pas ce vécu de jeune pédé qui s’en prend plein la gueule. Pour tous, je suis une fille.

Et puis, j'ai raté mon apprentissage amoureux. Celui qu’on fait à 12, 14, 16 ans. Les premiers regards, les premiers baisers, les premiers câlins… Les premières expériences d’ado, quoi! J’aurais tant voulu être un adolescent dans mon corps. Vivre tout ça. Avoir 15 ans de nouveau, et un corps de garçon. Des fois, j’ai l’impression d’avoir tout raté.

J'ignore tout des sensations. J’ai l'impression d’être resté bloqué à 12 ans. Ça fait mal. Vous ne pouvez pas savoir ! Quand on découvre qu’on est gay, on peut commencer tout de suite à vivre ce qu’on est: sortir, draguer, baiser. Mais quand on se découvre trans, ce n’est que le début du long chemin qui mène vers soi. Ce n'est pas parce que je suis transsexuel que je peux vivre mon adolescence de mec ou mon homosexualité. Parce que tout le monde me croit fille. Alors toutes les relations sont faussées. Je n’envisage pas d’être avec un mec qui me considérerait comme sa «copine» et pas comme son copain. Les relations sociales sont tordues. C’est difficile à expliquer et difficile à vivre de toujours devoir jouer la comédie, rentrer dans un rôle, faire bonne figure. Les gens sont à mille lieues d’imaginer ce qu’on vit.


Yohan, 20 ans.

 


Nous avons donné la parole à Armand Hotimsky, de l'association lyonnaise Caritig (Centre d'aide, de recherche et d'information sur la transsexualité et l'identité de genre):

«Un “garçon enfermé dans un corps de fille” (FTM) appréhende souvent beaucoup de se déclarer auprès du partenaire désiré, qu'il soit homme ou femme. L'homosexualité chez les transsexuels, et surtout celle des FTM, est généralement niée par le corps médical, par les gens extérieurs à cette problématique, voire même par d'autres transsexuels. Bon nombre de personnes n'arrivent pas à dissocier l'identité de genre de la sexualité. Le désir et l'attirance chez les transsexuels sont identiques aux autres populations.

C'est particulièrement pendant l'adolescence, au moment où apparaissent les signes secondaires sexuels, que cette dualité non souhaitée provoque des conflits intérieurs et bloque le FTM dans son épanouissement. Alors oui, Yohan, ce n'est pas facile, mais t'exprimer sur ton ressenti est déjà une avancée fulgurante. C'est également pour cela que le Caritig a créé une revue, lieu de libre expression pour les transsexuels et les transgenres, et nous avons d'ailleurs consacré deux dossiers sur l'homosexualité dans la transsexualité. Le but étant de rassembler des témoignages de

FTM gay, et de montrer ainsi que l’homosexualité chez les transsexuels existe et qu'elle ne sous-entend pas de se retrouver seul.

Quand tu écris que tu as “l'impression d’avoir tout raté”, où que tu “passes à côté de plein de choses”, oui, pour ce que tu considères être une adolescence d'homosexuel, et non, car ton expé-rience de vie est rare, différente. Avec le temps, si tu ne rejettes pas ton passé, tu pourras, comme d'autres, évoluer avec afin, entre autres, de vivre ta sexualité.»


Caritig, BP 756, 75827 Paris Cedex 17.

Tél. : 01.53.17.XX.XX.

This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it. - www.caritig.org

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