Transkind était un magazine paru de 2012 à 2015. Vous pouvez trouver tous les numéros en ligne sur leur site.
"Nous vous présentons le premier magazine français à destination des garçons trans. Nous espérons que Transkind pourra vous offrir un espace d’expression et d’information libéré des préjugés des médias traditionnels. Vous y trouverez chaque trimestre différentes rubriques pratiques et culturelles, des témoignages et des articles sur notre communauté et ses préoccupations, ainsi qu’un dossier qui abordera plus en profondeur un thème précis, toujours en lien avec l’univers trans, le genre, le queer, bref tout ce
qui concerne de près ou de loin les transboys que nous sommes."
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Le numéro 6 (Lien PDF) était consacré à notre rapport et nos expériences avec les psy. J'y avais écrit un texte racontant mon parcours ainsi que mes peurs par rapport à mon homosexualité, p22:
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"En 2000, quand j’ai eu un peu moins de 18 ans, je suis allé voir un psychiatre. Depuis le début de la puberté je savais que je voulais « changer de sexe » et qu’il était obligatoire de passer par un suivi psychiatrique si je voulais avoir accès à tout ce que je voulais. À l’époque je voulais « la totale » (hormones, torse, phallo, nouveaux papiers).
Ce psychiatre m’avait été indiqué par le gynécologue/andrologue vers qui m’avait envoyé notre médecin de famille. Je venais d’annoncer à mes parents que j’étais trans, au bout d’une longue journée passée à rester enfermé dans ma chambre à pleurer, sans manger, sans aller aux toilettes. Totalement désespéré parce qu’il allait falloir que j’en parle à mes parents, parce que j’approchais de 18 ans et j’allais pouvoir enfin débuter le processus que j’attendais depuis mes 12 ans. Une fois l’annonce faite, le médecin avait donc été appelé, vu l’état de déprime dans lequel j’étais. J’avais eu un traitement léger pour me calmer, une autorisation de manquer les cours, et une adresse vers laquelle me tourner.
Le gynéco/andrologue, qui m’avait remonté le moral en me disant qu’être trans n’était pas un drame, m’avait aussi dit qu’il ne pourrait pas m’hormoner avant deux ans de suivi par un psychiatre. Il m’avait fait faire un bilan hormonal, interrogé sur mes règles, et puis basta.
La première fois que j’ai vu mon psychiatre, je me souviens juste lui avoir indiqué que j’aimais les hommes, et que je me voyais comme un garçon gay. J’avais débattu avec moi-même au sujet de lui en parler ou pas. Je savais que beaucoup de psychiatres voyant des trans pensaient qu’être « hétérosexuel » était un facteur de risque pour une bonne intégration future. Ou même carrément que vouloir être homosexuel après transition était un signe de délire. Mais, j’ai réalisé qu’il me serait impossible de faire semblant d’aimer les filles tout au long d’un suivi de plusieurs années, donc je me suis jeté à l’eau.
D’ailleurs, c’est un problème auquel j’ai été confronté quand j’ai vu ce gynécologue/andrologue au début, puis un endocrinologue par la suite, et son remplaçant : comment allaient-ils prendre le fait que je sois homo ? J’étais toujours sur mes gardes. En début de transition physique, je ne voulais prendre aucun risque. Il y avait peu de médecins vers qui se tourner.
J’ai eu la chance de tomber sur un psychiatre pour qui ça n’a posé aucun problème. De la même manière, quand je lui ai parlé de mes pratiques BDSM, il n’a pas porté de jugement. Ou du fait qu’à un moment, je ne me voyais plus comme garçon mais comme « neutre ».
Au tout début de mon suivi, il a reçu mes parents en consultation une fois, et pour ma mère en particulier, cela lui a fait beaucoup de bien. Elle culpabilisait beaucoup. Dans ma famille, peu de femmes sont féminines, elle pensait que ça avait un rapport avec comment j’en étais venu à me percevoir comme garçon. Et puis, j’avais acheté le livre de la psychiatre et psychanalyste Colette Chiland, Changer de sexe, sorti 3 ans plus tôt, et je l’avais fait lire à ma mère. En y repensant, quelle bêtise ! Ce livre contient des affirmations telles que « Souvent la fille qui refuse son sexe d’assignation a été un bébé peu attirant dont personne ne disait : “Quelle jolie petite fille vous avez là !” ». Ou encore : « La mère de la fille masculine est une femme déprimée, qui a été incapable de lui donner de la tendresse, de la cajoler, de valoriser la féminité. » (Chapitre « Des enfants qui refusent leur sexe ». Partie « Et les filles ? »). Qu’a dû en penser ma mère à l’époque?
Mais bon, de mon côté, ce suivi était une contrainte. Je voyais le psychiatre tous les deux mois. Moi j’étais sûr que j’étais trans. Lui, il m’avait dit qu’il en était sûr aussi, et ce dès la première visite. Mais il me fallait tout de même attendre deux ans. Au bout de deux ans, je déprimais de plus en plus, et à plusieurs reprises j’ai pleuré lors de la visite. J’en avais assez de ce corps. Mais du coup, le psychiatre ne voulait pas me donner l’aval pour débuter un traitement hormonal, tant que j’étais comme ça.
Ce qui faisait un cercle vicieux : le traitement hormonal m’aurait permis d’aller mieux… mais il fallait que je prouve que je n’en avais pas besoin pour être mieux pour y avoir droit… or l’absence de changement physique me faisait déprimer de plus en plus… Il m’a fallu prendre sur moi et faire semblant d’aller bien lors d’une visite ultérieure pour avoir le feu vert.
Je ne garde aucun souvenir de ce suivi, pour moi, ça a été un trou de deux ans et sept mois qui m’a empêché de transformer mon corps aussi rapidement que je l’aurais voulu et qui n’a eu aucun effet bénéfique pour moi.
Je n’ai revu mon psychiatre que lors de mon changement d’état-civil, trois ans après, pour avoir un certificat de suivi et de « transsexualisme primaire de femme vers homme ». Auparavant j’avais pu me faire opérer du torse par un chirurgien qui ne demandait pas de papier d’un psychiatre.
Un aspect positif est que j’ai pu aider un ami qui lui aussi était trans et gay à transitionner, en lui donnant à l’époque l’adresse de ce psychiatre."