Compte rendu paru dans le numéro de juillet/août 2003 de "TransGenre Actu" (pdf), le bulletin mensuel d'information de l'association parisienne CARITIG, une association trans principalement active dans les années 90/2000.
Ce compte rendu fait référence à un atelier sur le thème de la transhomosexualité, qui avait eu lieu en avril 2003. Une dizaine de personnes y avaient participé, mais aucun homme trans.
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Atelier du 27 avril 2003
Thème : «TransHomosexualité» Animé par Dominique Place
L'annonce de l'atelier sur la mailing list a déclenché une petite polémique sur le forum. Il a été reproché de créer une étiquette de plus et surtout de confondre identité de genre et orientation sexuelle. Il apparaît en fait que c'est le résultat d'un malentendu : accoler les termes de trans et d'homosexualité est une hérésie pour beaucoup. Ils ont peur que l'on croie qu'on change de sexe à cause d'une homosexualité non assumée. On peut aussi supposer qu'il y a chez certaines transgenres une réticence à considérer la sexualité. On ne peut alors que regretter la faible participation à l'atelier (une petite dizaine de personnes).
Commençons par rappeler la définition de la transhomosexualité : c'est l'identification à une personne homosexuelle du sexe opposé à son sexe biologique. Les personnes transhomosexuelles sont donc les MTF qui s’identifient comme lesbiennes et les FTM comme gays. Il ne s'agit pas de créer une étiquette de plus mais de parler de vécus que l'on ignore souvent même parmi les transgenres.
Cette définition s'inspire de celle donnée par la psychologue anglaise Dorothy Clare dans un article en 1984 : “un penchant pour et une identification avec l'homosexualité/les homosexuel.le.s du sexe biologique opposé.”
On peut aussi définir la transhomosexualité en mettant l'accent sur les pratiques sexuelles: une personne transhomosexuelle est un-e transsexuel.le qui est homosexuel.le après la transition. Mais cela met de coté l'avant transition et néglige le ressenti des personnes ainsi que le sens donné à ces pratiques. Est-ce qu'être homosexuel.le se résume à avoir des relations homoérotiques ? Question qui traverse aussi les communautés lesbienne et gay.
La question est posée de savoir si on peut changer d'orientation sexuelle au cours de la transition ? Bien sûr que oui, mais cela ne semble pas être très fréquent.
En tout état de cause, ce qui compte pour les personnes transgenres, c'est l'identité que l'on ressent au plus profond de soi. ll est donc logique de s'intéresser plus à ce qui est dans les têtes plutôt qu'aux seuls comportements.
Dorothy Clare avance le concept d'identité psychosexuelle résumé par le schéma, qui se veut plus descriptif qu'explicatif.

Ce qui reste central c'est l’identité de genre, le fait de se sentir homme, femme, entre les deux ou ni l'un ni l'autre, qui ne découle pas toujours du sexe biologique et du genre d'éducation. Sont liés le rôle social de genre, le fait de vivre plus ou moins en tant qu'homme ou de femme dans la vie de tous les jours, mais aussi ce que la psychologue anglaise appelle l'identité sexuelle de genre, c'est-à dire le rôle de genre que l'on veut jouer lors des relations sexuelles, et pour finir l'orientation sexuelle à proprement parler. Il n'y aucune liaison automatique entre ces différentes composantes et les cas décrits par Clare montrent que tout peut se passer.
Or on présuppose encore très souvent que l'orientation sexuelle est liée à l'identité de genre pour les transgenres, notamment le corps médical, et les transhomosexuel.le.s sont largement méconnu.e.s. Ils/elles sont superbement ignoré-e-s par la littérature médicale et scientifique : je ne connais que Dorothy Clare et Bryan Tully qui ont écrit sur ce sujet. Parfois les MTF lesbiennes sont rangées parmi les travestis hétérosexuels et pour beaucoup, il n'y a tout simplement pas de FTM gays : la transsexualité FTM est vue comme une forme extrême de lesbianisme non assumé. Il n’y a là aucune prise en compte de l'identité sexuelle de genre : si on est né femme et qu'on couche avec une femme, alors on ne peut être que lesbienne, mème si cela n'est pas vécu ainsi. Sous-jacent à cela est l'idée que la seule bonne justification pour changer de sexe est d'échapper à une homosexualité “anormale” pour revenir dans la norme hétérosexuelle. Comme l'a dit un médecin : “on n’est pas là pour fabriquer des pédés !" Même les gays et les lesbiennes sont surpris d'apprendre qu'il existe des transhomosexuel.le.s, tant l’idée est ancrée qu'on change de sexe à cause de son orientation sexuelle.
On comprend que les personnes transsexuelles ont en général tout intérêt à cacher leur attirance pour le même sexe que celui revendiqué afin d'éviter le risque de se voir refuser les traitements hormonaux et les opérations. Cette homosexualité revendiquée n'est souvent pas prise au sérieux par les médecins et les psys, ce qui va ajouter au mal-être déjà ressenti et ne peut pas permettre un bon suivi. Des professionnels pensent aussi que l'orientation sexuelle va changer avec le traitement hormonal.
Ceci s'additionne à des pressions sociales intériorisées qui peuvent entraîner des interrogations et un délai plus grand pour commencer des démarches. Si on attiré par les femmes, c'est plus facile de trouver des partenaires en tant qu'homme qu'en tant que femme, pense-t-on à priori, alors pourquoi se compliquer la vie en se transformant en femme ? Et être transsexuel et homosexuel, n'est-ce pas se marginaliser encore plus ?
Mais il est impossible de se cacher son identification homosexuelle. Celle-ci se révèle souvent à la puberté peu après la transsexualité proprement dite et se manifeste dans les fantasmes. Une personne transhomosexuelle va rechercher à avoir des relations sexuelles avec des personnes du sexe biologique opposé mais pour que ces relations soient satisfaisantes, il faudra faire abstraction de son corps et s'imaginer du genre revendiqué. Ainsi le pénis d'une MTF doit être ignoré et elle recherchera aussi une stimulation de la poitrine. Cela s'accompagne aussi d'une volonté d'être actif sur la scène lesbienne-féministe ou gay. Bien sûr les partenaires recherchés sont en général gays ou lesbiennes.
Il y a sans doute une distinction à faire pour les MTF qui vivent avec des femmes. Pour certaines c'est plus l’occasion de vivre une féminité par procuration qu'à cause d'une identification lesbienne forte. La compagne se considère alors comme hétérosexuelle et pourra avoir du mal à vivre cette expression de féminité de la personne qu'elle voit plutôt comme un homme. Ces MTF en général ne s'impliqueront pas dans les groupes lesbiens.
Il est à noter que ce désir de faire partie de groupe lesbien est parfois contrecarré de façon violente, surtout si le statut transsexuel n'a pas été révélé dans un premier temps. On peut citer l'histoire de Beth Elliott qui était devenue en 1973 vice-présidente de la section de San Francisco d'une organisation lesbienne, "Les filles de Bilitis". Lors d'une conférence où elle faisait un concert de musique, elle du subir les sifflets de l'assistance uniquement à cause de sa transsexualité et fut obligée d'arrêter son concert. Pendant les mois qui suivirent, elle subit les insultes et les trahisons des membres de l'association, ce qui la conduisit au " silence”.
Des lesbiennes extrémistes ont ainsi souvent dénigré les MTF lesbiennes, leur refusant de les voir comme des femmes. Elles vont jusqu'à les voir comme des hommes qui en prenant l'apparence de femmes veulent exploiter les femmes à leur profit. C'est le cas du groupe lesbien radical “La Barbare "de Montreuil qui, en 2001, à violemment exclu une transsexuelle ainsi que sa compagne, en l'insultant de” violeur”. Plus récemment, l'association rennaise “ Femmes entre elles” a refusé l'adhésion à une transsexuelle (voir l'article “La forteresse assiégée” dans le TGA d'avril 2003). Il faut quand même ajouter pour être honnête que beaucoup d'associations lesbiennes acceptent les transsexuelles. Évidemment elles ne font pas autant parler d'elles (voir “La Coordination Lesbienne en France et les transgenres” dans ce numéro)"
Il n'y a jamais eu d'exclusions aussi retentissantes chez les gays. Sans doute s’en passe-t-il à un niveau individuel.
Pour finir, s'est posée la question de savoir s'il est facile de trouver des partenaires homos, surtout pour les FTM gays. C'est aussi délicat que pour les autres transgenres mais il semble que les FTM gays ont moins de difficultés que les MTF lesbiennes, les gays ayant une sexualité bien plus active que les lesbiennes et étant plus directs (il y a des débats sur les lesbiennes célibataires mais imagine-t-on un débat sur les gays célibataires ?). Et ceci même pour les FTM qui n'ont pas subi la phalloplastie. Ce qui amène à se poser la question de définir ce qu'est une relation homosexuelle. Comment considérer la relation d'un FTM qui utilise son vagin avec un autre homme ? On note des interrogations sur la perception du partenaire et d'une éventuelle frustration. Une participante note que les FTM passent beaucoup mieux que les MTF, ce qui contribue à une meilleure intégration. Malheureusement aucun FTM n'était présent pour faire part de son expérience.
Les MTF sont en général plus seules et rencontrent bien plus de mal pour avoir des partenaires lesbiennes, surtout si elles ne sont pas opérées. Des lesbiennes montrent souvent un rejet de l'homme voir une peur et ne peuvent pas du tout envisager avoir des rapports avec une femme ayant un pénis. Les choses sont moins difficiles pour les personnes opérées mais dans tous les cas, il y a souvent des grandes réticences quand on annonce sa transsexualité à un-e partenaire éventuel.le et beaucoup ne donnent plus de signe de vie après.
Dominique Place, Co-Présidente du CARITIG
1) Clare, D. (1984) “Transhomosexuality”. Proceedings of the Annual Conference of the British Psychological Society. University of Warwick, UK (p. 6).
2) Clare, D. (1991) “Transsexualism, Gender Dysphoria, and Transhomosexuality”. Gender Dysphoria 1(1), pp.7-17.
3) Bryan Tully, “Accounting for Transsexualism & Transhomosexuality: the Gender Identity Careers of Over 200 Men and Women Who Have Petitioned for Surgical Reassignment”, 1992, Pub. Whiting & Birch.
