Publié dans le numéro d'octobre 2002 de Trans Genre Actu (pdf), le bulletin d'information de l'asso trans parisienne, le CARITIG.
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Sélection du forum
Auteur: yohan
Date: 06-03-2002 17:53
Bonjour
Ce message est un peu une bouteille à la mer car c'est la première fois que je viens sur ce site et j'espère avoir la réponse à la question qui fait de ma vie un enfer.
Je n'ai pu parler à personne de ma souffrance et c'est de plus en plus difficile à supporter.
Je suis (hélas) physiquement une fille mais mon esprit est masculin: en fait, dans ma tête, je suis gay.
J'ai l'impression que je ne peux rien changer à ce ratage.
Le regard des autres sur moi est intolérable. Ils voient ce que je ne suis pas.
J'ai essayé, en vain, les relations hétéros, les relations lesbiennes.... une catastrophe quand le corps dans lequel on est enfermé provoque un tel dégoût...
Je ne me reconnais et ne suis reconnu dans aucun groupe.
La seule sexualité qui me corresponde et que je ne peux avoir est celle des homos. Et eux, bien sûr, ne voient que ce qui est en surface: une fille.
Une fille que certains traitent de fille à pédés (pardonnez l'expression) puisqu'ils ne savent pas ce qu'il y a à l'intérieur.
On va me dire qu'il suffit sans doute de se faire opérer pour voir le bout du tunnel mais ça, je ne le veux pas.
Pour moi, ce qui est fait est fait et une opération n'arrange pas tout. L'erreur initiale restera toute ma vie.
Je sais qu'il y en a sans doute beaucoup parmi vous pour ressentir la douleur d'une situation sûrement très proche de la mienne.
Je voudrais juste savoir s'il existe quelqu'un qui vive la même chose que moi.
Ce n'est tout de même pas possible de se sentir aussi seul sur terre et personne à qui en parler.
J'ai heureusement des tas d'ami(e)s mais ce secret, je ne peux le faire porter à personne de mon entourage.
Ils s'apitoieraient, ils ne comprendraient pas vraiment, et même s'ils me conservaient leur affection, je crains trop leurs regards sur moi ensuite.
J'ai tellement honte de ce que je suis.…
J'espère que l'anonymat de ce forum me conviendra mieux. Là, au moins, on ne voit pas l'apparence physique.
Si je pouvais trouver ici une réponse à ma question, un témoignage, la présence de quelqu'un qui comprenne vraiment sans se moquer…
Merci à tous et toutes d'avoir été patients et d'avoir lu mon message jusqu'au bout. J'aurais peut-être la bonne surprise de voir lors de mon prochain
passage sur le site que quelqu'un s'y sera suffisamment intéressé pour me donner des conseils et m'aider un tout petit peu…
Après une kyrielle de réponses et l’interruption du forum, de nouveaux messages sont venus se rajouter, parmi eux nous avons sélectionné celui de Nicolas répondant à Yohan.
Auteur: Nicolas
Date: 20-09-2002 19:01
Je ne vais que rarement sur les forums du CARITIG, et c'est dommage car je viens de trouver ton message que maintenant (je crois du coup que je vais venir plus souvent !).
J'espère néanmoins que tu trouveras ma réponse.
La souffrance que tu évoques me semble être à la fois celle dont souffrent tous les TS avant transition et en même temps une souffrance très particulière liée à ta condition de gay.
A la lecture de ton message, on ne sait pas exactement comment tu vis l'homosexualité proprement dite.
A priori, elle ne devrait pas te faire souffrir davantage que le reste, si tu la vis sans blocages sociaux ou moraux d'aucune sorte.
La souffrance majeure, si j'ai bien compris, me semble bel et bien venir de ton emprisonnement corporel, problème hélas bien partagé lui.
Emprisonnement qui t'empêche d'entrer en contact avec les garçons, les filles et tout le monde en général. J'ai connu ça.
Tu te sens éloigné des garçons par ton corps de fille, mais il t'éloigne de toutes façon tout autant des filles, et à la limite même des lesbiennes, puisque on ne peut réellement avoir une relation avec une personne qui soit fondée sur la dissimulation de son moi profond.
Donc, je ne pense pas que l'homosexualité est en soi un problème.
Par contre, je ne comprends pas pourquoi tu ne souhaites pas entamer une reconversion physique. Est-ce pour des raisons morales ou physiologiques, de santé ?
Peut-être (je dis bien peut-être) la solution se trouve-t-elle pourtant là ?
