Etre trans et homo - Asso MAG - 2004

Article paru à l'origine en 2004 sur le site internet du MAG (à l'origine: Mouvement d'Affirmation des Jeunes Gais et Lesbiennes), une asso de Paris.

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Etre trans et homo
novembre 2004
Témoignage de Yohan, 19 ans.

Parler de transsexualisme est devenu une chose difficile pour moi, car cela ne fait pas partie de mon

identité, de qui je suis ; et pourtant cela fait partie de ma vie, de ce que je suis. Comme un étranger qui n’a pas été invité mais qu’on s’efforce de supporter jusqu’à la fin d’une soirée. C’est accessoire, c’est second, c’est ennuyeux, cela tape sur les nerfs, cela prend du temps et de l’énergie qu’on aimerait employer à autre chose... Mais on essaye de ne pas trop y prêter attention au risque de gâcher la fête.

Certains le cachent, d’autres l’ignorent ou essayent de le virer...Cependant il revient toujours, soit par la fenêtre, soit par la cheminée. D’autres encore le laissent s’installer indéfiniment dans le salon et décident de s’en occuper plus tard. Et il y a bien un moment où il faut s’occuper de lui. Afin qu’il s’en aille…

Quelles sont les différences avec l’homosexualité ? Au premier abord, je ne vois pas le rapport. Tout est tellement différent. Ces deux expériences n’ont rien à voir l’une avec l’autre ! Et pourtant. Ce sentiment d’être différent, décalé, mal à l’aise, pas à sa place au milieu des autres. Cette certitude, parfois très tôt, que quelque chose en nous ne va pas et si seulement on pouvait savoir quoi ! Et aussi le regard des autres, la pression sociale, l’incompréhension, le coming-out, les amalgames et autres tentatives de psychiatrisation. Car aussi sûrement qu’on ne connaît pas l’origine de l’homosexualité, on ne connait pas non plus l’origine du transsexualisme. Cela dit, cela ne les empêche pas de chercher : manque d’hormones, manque de père et ainsi de repères, etc... Là aussi, on retrouve toujours les mêmes poncifs du genre. Genre et sexualité. Dans les deux cas, on touche à quelque chose de l’ordre de « l’autre ». Transsexuel, on se projette dans l’univers et des hommes et des femmes, dans une certaine mesure parce qu’on vient d’un monde qu’on ne comprend pas tout à fait et qu’on va dans un monde qu’on ne fait bien souvent qu’imaginer.Traîner avec des garçons ne veut pas dire avoir accès à leur monde puisqu’à leurs yeux nous ne sommes toujours que des filles !

Même s’ils savent qu’on tend vers le masculin, je pense qu’il y a toujours une part d’autocensure en notre présence. Tout comme de l’autre côté, le monde des filles nous est parfois totalement incompréhensible. Homosexuel, on touche aussi à quelque chose de l’« autre ». Il y a cette complicité avec les filles hétéros (on parle des mecs !) aussi bien qu’avec les lesbiennes quant à l’expérience de l’homosexualité.

Qu’est-ce qui définit le masculin ? le féminin ? Est-ce qu’aimer les garçons c’est féminin ? C’est quoi un homme ? C’est quoi une femme ? Et si j’aime pas Dalida et que j’écoute du métal, est-ce que je suis quand même pédé ? Plus ou moins que les autres ? Finalement on n’est pas si différents. Et pourtant.

Si le transsexualisme ne fait pas partie de mon identité, ce n’est pas le cas de l’homosexualité. L’un est subi, l’autre non. Je n’ai jamais subi, renié ou encore souffert de mon homosexualité.

Contrairement au transsexualisme qui je traîne péniblement derrière moi. Même si l’on finit par accepter son état, voire pour certains par dire que c’est un cadeau plutôt qu’une malédiction, aux vues de l’enrichissement personnel que cela procure, il y a aura toujours une part de frustation quant à ce qu’on aurait pu vivre, de regret, de déception, pire, de doute, quant à notre vie passée dans l’autre corps, notre vie future, notre vie possible. Quelle vie aurais-je eu si j’avais été bien dans mon corps de fille ? Quelle vie aurais-je eu si j’étais né garçon ? Comment auraient été mes enfants ?

Par contre, je n’ai jamais douté d’aimer les garçons. Aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours fantasmé sur les couples masculins. Ca m’a toujours paru tout ce qu’il y a de plus naturel ! Il n’y a pas eu de temps d’adaptation, de remise en question, ça n’a pas été une déchirure, mon monde ne s’est pas effondré... Etre pédé, c’était la chose la plus évidente de la Terre ! Néanmoins, il m’aura fallu du temps pour parvenir à cette équation : j’aime les garçons, donc je suis pédé, donc je suis un garçon, donc je ne suis pas une fille, donc je suis trans. En fin de compte, ce n’est qu’une incidence.

Ce n’est que la finalisation de mon désir pour les garçons. C’était donc ça. Après toutes ces années de questionnement, j’ai découvert que j’étais un garçon. Au-delà du désir, il y avait de l’identification, de la jalousie, de la frustration. Ils ont ce que je n’ai pas. Ils sont comme j’aimerais être. J’aimerais ressembler aux garçons que j’aime. S’ils savaient... s’ils me voyaient comme je suis.

L’être et le paraître sont les deux grandes affaires de ma vie. Pouvoir se trouver beau dans le regard de l’autre, dans le miroir... Et je me dis que ce serait facile si je ne faisais pas subir tout cela à mon corps, ce serait tellement plus facile de rencontrer quelqu’un ! Il y a plein d’homos pour qui c’est une catastrophe de se découvrir, alors que c’est tellement simple, une fois qu’on sait, de vivre ce que l’on est. Cela fait maintenant 6 ans que j’ai découvert ce que j’étais, et il me faut encore attendre d’être bien dans ma peau pour pouvoir le vivre.

Quel rapport transsexualisme et sexualité ? Beaucoup de gens pensent qu’on “change de sexe” parce qu’au départ on est homo, donc dans “l’anormalité”, et qu’on veut devenir hétéro pour être “normal”.

Non, je ne suis pas une lesbienne refoulée ! D’abord, on fait cette démarche pour soi ! Pas pour être conforme à un modèle social (bien qu’il y ait des trans qui refusent l’homosexualité catégoriquement et deviennent des caricatures d’hommes virils ou de femmes fatales). Ensuite, la sexualité n’a que peu à voir avec notre démarche. Le but, c’est quand même de se sentir bien dans sa peau, de se plaire à soi-même, avant de plaire aux autres.

Moi je ne me plais pas, alors je pense beaucoup ! Je vis beaucoup dans mon imagination, dans mon univers, sûrement pour ne pas sombrer. On me dit courageux, mais tout le monde est courageux face aux épreuves de la vie. Affronter pour apprendre, pour être plus fort. Que sait-on du bonheur si on ignore tout du malheur. Apprendre est devenu une de mes occupations principales. Apprendre, pour devenir plus sage.

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